SILENCE


SILENCE
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SILENCE

Il semble impossible de parler de ce qui est absence ou abolition de toute parole. Le silence se présente comme le point zéro à partir duquel s’inaugure tout langage, sans qu’on y puisse faire retour. Pour reprendre une terminologie empruntée à Claude Lévi-Strauss, on peut dire que le silence est la nature pure, donc l’inabordable, la culture étant la rupture définitive du silence. Celui-ci ne saurait être objet de connaissance. C’est d’ailleurs à lui que, par bien des côtés, les sciences humaines voudraient ramener les contemporains: silence de la religion, silence de l’homme, silence de Dieu, à l’image du sage que Lévi-Strauss, à la fin de Tristes Tropiques , évoque au pied de son arbre, ou du Bouddha qui renvoie au grand silence, dans l’essence universelle.

Pourtant c’est à cette expérience, inobjectivable comme moment privilégié de présence à soi, au monde et à Dieu, que toutes les religions convient leurs fidèles. La prière contient toujours cet élément de solitude silencieuse. Toutes les voies ascétiques passent par le silence. De Jésus, qui conseille de s’enfermer dans sa chambre et dans le secret de son cœur, aux ermites, qui fuient dans le désert, tous les maîtres spirituels nous convoquent au silence comme à l’expérience de la présence de l’Autre. Même les apôtres des masses et les mystiques de la multitude lancent de nos jours cet appel.

Des oasis de silence surgissent: des trappes, des maisons de retraite, des ermitages en montagne. Même si certains mystiques chrétiens eux-mêmes font l’expérience du nada, nada, nada de saint Jean de la Croix, tous affirment cependant que le silence est plein d’une présence cachée.

Autrefois, toutes les règles monastiques imposaient pour aider l’union à Dieu un «grand silence», qui commençait le soir après les complies pour se terminer le matin après l’heure de tierce.

Le silence est-il donc franchissement de la limite, catharsis devant l’étouffement possible de nos tâches et de nos relations, néant qui permet tout le reste, envers inconnaissable du langage, dont certains «langages» cependant nous rapprochent (comme la musique)? Chacun peut en faire ce qu’il veut, puisque le silence s’expérimente, mais ne se dit pas. Toutefois, à envisager strictement le problème, peut-on se taire complètement? Hormis les faux silences, qui ne sont que bavardages avec soi-même, les techniques orientales, par exemple, provoquent-elles le silence total?

Le silence des espaces infinis, qui effrayait Pascal, peut-il être absolu? Le silence — mais, alors, celui-là angoisse — n’est-il pas simplement l’absence de réponse à mes questions, l’impossible intelligibilité des choses et des êtres? Alors peut-être le manque de ce que j’attends, l’effort du langage pour sauter par-dessus son ombre me font-ils reconnaître, comme à Ludwig Wittgenstein, «qu’il y a du mystique», mais en sachant bien que «ce dont on ne peut parler il faut le taire» (dernière proposition du Tractatus logico -philosophicus ). Saurait-on pour autant y trouver la garantie d’une présence?

silence [ silɑ̃s ] n. m.
• 1190; lat. silentium
I
1Fait de ne pas parler; attitude de qqn qui reste sans parler. mutisme. Garder le silence : se taire. Travaillez en silence, sans rien dire. Imposer silence à qqn. Un silence éloquent. S'enfermer dans son silence. Rompre le silence. Ellipt Silence ! taisez-vous ! ⇒ chut. « Qui donc ose parler lorsque j'ai dit : silence ! » (Hugo). Un peu de silence, s'il vous plaît ! Silence dans les rangs ! Silence, on tourne ! (pendant le tournage d'un film). — Minute de silence : hommage rendu à un mort en demeurant debout, immobile et silencieux. Loc. prov. La parole est d'argent et le silence est d'or : si la parole est bonne et utile, le silence peut être plus précieux encore.
Moment pendant lequel on ne dit rien. Une conversation entrecoupée de silences. Un long silence (cf. Un ange passe).
2(Abstrait) Le fait de ne pas exprimer son opinion, de ne pas répondre, de ne pas divulguer ce qui est secret; attitude de qqn qui ne veut ou ne peut s'exprimer. Passer qqch. sous silence, le taire. « Ce fragment de ma vie que je passe sous silence » (A. Daudet). « Il me faut une impénétrable discrétion et un silence absolu » (Maupassant). 2. secret. Silence gardé sur une information. black-out. Acheter le silence d'un témoin. La loi du silence, qui interdit aux membres des associations de malfaiteurs de renseigner la police sur les agissements de leurs associés (même quand ils en sont les victimes). ⇒ omerta. La conspiration du silence, par laquelle un ensemble de personnes gardent qqch. secret. — Omission, lacune dans un texte juridique. Le silence de la loi. Condamner, réduire l'opposition au silence, l'empêcher de s'exprimer. ⇒ bâillonner, museler. Par ext. La raison d'État et « la convenance voulaient qu'il imposât silence aux scrupules de sa fierté » (Gobineau) . — EN SILENCE : sans le faire savoir, en secret. « Il acceptait d'aimer en silence » (Maurois). Souffrir en silence, sans se plaindre.
Le fait de ne pas répondre à une lettre, d'interrompre une correspondance, de ne plus se manifester. Son silence m'inquiète.
II
1(fin XIVe) Absence de bruit, d'agitation, état d'un lieu où aucun son n'est perceptible. 1. calme, paix. Travailler dans le silence. « Dans le silence et la solitude de la nuit » (Baudelaire). Un silence profond, absolu, de mort (cf. On entendrait une mouche voler). « Un silence de cimetière plana sur l'assistance » (Hampaté Bâ).
Télécomm. Zone de silence, dans laquelle la réception des ondes radioélectriques ne peut s'effectuer.
Silence radio : milit. interruption volontaire de toute émission électromagnétique destinée à éviter de signaler sa position à l'ennemi; fig. absence de manifestation, de prise de position.
2(1751) Interruption du son d'une durée déterminée, indiquée par des signes particuliers dans la notation musicale; ces signes eux-mêmes (au nombre de sept). pause, soupir.
⊗ CONTR. Parole; aveu. Bruit; tapage.

silence nom masculin (latin silentium) Absence de bruit dans un lieu calme : Travailler dans le silence. Faire silence. Action, fait de se taire, de ne rien dire : Cette déclaration a été accueillie par un silence glacial. Fait de cesser de donner de ses nouvelles, notamment par lettre : S'inquiéter du silence d'un ami. Absence de mention de quelque chose dans un écrit : Le silence de la loi sur ce délit. En musique, interruption plus ou moins longue du son ; signe qui sert à indiquer cette interruption. ● silence (citations) nom masculin (latin silentium) Jean Anouilh Bordeaux 1910-Lausanne 1987 Rien n'est vrai, que ce qu'on ne dit pas. Antigone, Créon La Table Ronde Simone de Beauvoir Paris 1908-Paris 1986 La parole ne représente parfois qu'une manière, plus adroite que le silence, de se taire. La Force de l'âge Gallimard Nicolas Boileau, dit Boileau-Despréaux Paris 1636-Paris 1711 J'imite de Conrart le silence prudent. Épîtres Commentaire Valentin Conrart, premier secrétaire de l'Académie française, a laissé de nombreux manuscrits sans jamais rien publier. Yves Bonnefoy Tours 1923 Le silence est comme l'ébauche de mille métamorphoses. Rimbaud par lui-même Le Seuil Pierre Corneille Rouen 1606-Paris 1684 Je cherche le silence et la nuit pour pleurer. Le Cid, III, 4, Chimène Jean-François Casimir Delavigne Le Havre 1793-Lyon 1843 Académie française, 1825 Silence au camp ! la vierge est prisonnière. Messéniennes Max-Pol Fouchet Saint-Vaast-la-Hougue 1913-Avallon 1980 Pour que demeure le secret Nous tairons jusqu'au silence. Demeure le secret Mercure de France Charles de Gaulle Lille 1890-Colombey-les-Deux-Églises 1970 Rien ne rehausse l'autorité mieux que le silence, splendeur des forts et refuge des faibles […]. Le Fil de l'épée Plon Félicité de La Mennais Saint-Malo 1782-Paris 1854 Il faut aujourd'hui de l'or, beaucoup d'or, pour jouir du droit de parler ; nous ne sommes pas assez riche. Silence au pauvre. Dans le dernier numéro du journal le Peuple constituant 11 juillet 1848 Alain René Lesage Sarzeau 1668-Boulogne-sur-Mer 1747 Un de ces esprits sérieux qui veulent passer pour de grands génies, à la faveur de leur silence […]. Histoire de Gil Blas de Santillane Julie de Lespinasse Lyon 1732-Paris 1776 Le silence est si doux, lorsqu'il peut consoler l'amour-propre ! Lettres, à M. de Guibert Maurice Maeterlinck Gand 1862-Nice 1949 Le silence est l'élément dans lequel se forment les grandes choses. Le Trésor des humbles Fasquelle Stéphane Mallarmé Paris 1842-Valvins, Seine-et-Marne, 1898 La tombe aime tout de suite le silence. Quelques Médaillons et portraits en pied, Verlaine Maurice Merleau-Ponty Rochefort 1908-Paris 1961 […] Le langage réalise en brisant le silence ce que le silence voulait et n'obtenait pas. Le Visible et l'Invisible Gallimard Henry Millon de Montherlant Paris 1895-Paris 1972 Académie française, 1960 Tant de choses ne valent pas d'être dites. Et tant de gens ne valent pas que les autres choses leur soient dites. Cela fait beaucoup de silence. Le Maître de Santiago, II, 1, Alvaro Gallimard Napoléon Ier, empereur des Français Ajaccio 1769-Sainte-Hélène 1821 Sachez écouter, et soyez sûr que le silence produit souvent le même effet que la science. Instructions pour le prince Eugène, 7 juin 1805 Blaise Pascal Clermont, aujourd'hui Clermont-Ferrand, 1623-Paris 1662 Le silence éternel de ces espaces infinis m'effraie. Pensées, 206 Commentaire Cette parole, selon toute vraisemblance, est mise dans la bouche du libertin, avec lequel Pascal envisageait de dialoguer dans son ouvrage Chaque citation des Pensées porte en référence un numéro. Celui-ci est le numéro que porte dans l'édition Brunschvicg — laquelle demeure aujourd'hui la plus généralement répandue — le fragment d'où la citation est tirée. Charles-Louis Philippe Cérilly, Allier, 1874-Paris 1909 […] L'orgueil est plein de silence […]. Lettres de Jeunesse, Lettre à Mme Kenty Gallimard Francis Ponge Montpellier 1899-Le Bar-sur-Loup 1988 Le langage ne se refuse qu'à une chose, c'est à faire aussi peu de bruit que le silence. Tome premier, Proêmes Gallimard Marcel Proust Paris 1871-Paris 1922 […] Les vrais livres doivent être les enfants non du grand jour et de la causerie, mais de l'obscurité et du silence. À la recherche du temps perdu, le Temps retrouvé Gallimard Marc Antoine Girard, sieur de Saint-Amant Quevilly, près de Rouen, 1594-Paris 1661 Académie française, 1634 J'écoute, à demi transporté, Le bruit des ailes du silence Qui vole dans l'obscurité. Le Contemplateur Marc Antoine Girard, sieur de Saint-Amant Quevilly, près de Rouen, 1594-Paris 1661 Académie française, 1634 Ils rendent le bruit même agréable au silence. Moïse sauvé les rossignols Victor Segalen Brest 1878-Huelgoat 1919 Repose-toi du son dans le silence, et, du silence, daigne revenir au son. Seul, si tu sais être seul, déverse-toi parfois jusqu'à la foule. Stèles Plon Jules Supervielle Montevideo, Uruguay, 1884-Paris 1960 Le silence est le meilleur avocat des morts. Shéhérazade Gallimard Elsa Triolet Moscou 1896-Saint-Arnoult-en-Yvelines 1970 Le silence est comme le vent : il attise les grands malentendus et n'éteint que les petits. Proverbes d'Elsa Les Éditeurs français réunis Tristan Tzara Moineşti, Roumanie, 1896-Paris 1963 Le chant et le silence mon beau pays de joie […]. Terre sur terre Les Trois Collines, Genève Paul Valéry Sète 1871-Paris 1945 Patience, patience, Patience dans l'azur ! Chaque atome de silence Est la chance d'un fruit mûr ! Charmes, Palme Gallimard Alfred, comte de Vigny Loches 1797-Paris 1863 On étouffe les clameurs, mais comment se venger du silence ? Cinq-Mars Alfred, comte de Vigny Loches 1797-Paris 1863 Seul le silence est grand, tout le reste est faiblesse. Les Destinées, la Mort du loup Sophocle Colone, près d'Athènes, entre 496 et 494 avant J.-C.-Athènes 406 avant J.-C. La parure des femmes, femme, c'est le silence. Ajax, 293 (traduction Mazon) Honoré Gabriel Riqueti, comte de Mirabeau Le Bignon, aujourd'hui Le Bignon-Mirabeau, Loiret, 1749-Paris 1791 Le silence des peuples est la leçon des rois. Commentaire Prononcée en 1774 par Mgr de Beauvais évêque de Senez, dans son oraison funèbre de Louis XV, la phrase fut reprise par Mirabeau, le 15 juillet 1789, au moment de l'arrivée de Louis XVI à l'Assemblée constituante. Comme des applaudissements s'élevaient, il s'écria : « Attendez que le roi nous ait fait connaître ses bonnes dispositions. Qu'un morne respect soit le premier accueil fait au monarque dans ce moment de douleur. Le silence des peuples est la leçon des rois. » Francis Bacon, baron Verulam Londres 1561-Londres 1626 Le silence est la vertu des sots. Silence is the virtue of fools. Apophtegms, 31 Samuel Butler Langar, Nottinghamshire, 1835-Londres 1902 Le silence, a dit quelqu'un, est une vertu qui nous rend agréables à nos semblables. Silence, it has been said by one writer, is a virtue which renders us agreeable to our fellow-creatures. Erewhon, New Travels, 23 George Meredith Portsmouth 1828-Box Hill 1909 La parole est la menue monnaie du silence. Speech is the small change of silence. L'Épreuve de Richard Feverel Christopher Morley 1890-1957 On n'a pas converti un homme parce qu'on l'a réduit au silence. You have not converted a man because you have silenced him. On Compromise William Shakespeare Stratford on Avon, Warwickshire, 1564-Stratford on Avon, Warwickshire, 1616 Le reste est silence. The rest is silence. Hamlet, V, 2, Hamletsilence (expressions) nom masculin (latin silentium) Imposer silence à quelqu'un, le faire taire ; l'empêcher de s'exprimer. La loi du silence, interdiction de fait de renseigner la police sur les agissements des membres d'une association criminelle avec laquelle on est en relation. Passer quelque chose sous silence, ne pas en parler, l'omettre volontairement. Réduire quelqu'un au silence, l'empêcher d'exprimer ses opinions ; le contraindre à cesser une discussion ; le tuer (familier). Silence !, taisez-vous ! Silence radio, indique le refus de communiquer sur quelque chose ou de commenter quelque chose : Silence radio sur ce sujet trop sensible ; indique l'absence de nouvelles, d'informations : Nous nous sommes disputés la semaine dernière, depuis, c'est le silence radio !silence (synonymes) nom masculin (latin silentium) Absence de bruit dans un lieu calme
Synonymes :
- tranquillité
Contraires :
Action, fait de se taire, de ne rien dire
Synonymes :
Fait de cesser de donner de ses nouvelles, notamment par...
Synonymes :
Absence de mention de quelque chose dans un écrit
Synonymes :
- discrétion
En musique, interruption plus ou moins longue du son ; signe...
Synonymes :

silence
n. m.
d1./d Fait de se taire, de s'abstenir de parler. Silence!
Loc. Garder le silence.
d2./d Fait de ne pas parler d'une chose, de ne rien dire, de ne rien divulguer.
|| Loc. La conspiration du silence.
Passer qqch sous silence, ne pas en parler.
d3./d Absence de bruit. Le silence de la nuit.
d4./d MUS Interruption du son d'une durée déterminée; signe qui indique, dans la notation musicale, cette interruption et sa durée (pause, demi-pause, soupir, demi-soupir, etc.).

⇒SILENCE, subst. masc.
I. — [Le silence envisagé par rapp. au bruit] Absence de bruit, d'agitation. Silence absolu, écrasant, éternel ; un silence de mort.
A. — [Le silence en relation avec l'espace]
1. [Espace ouvert] Le silence de la campagne, des champs, des forêts. Pas un souffle de vent murmurant dans les créneaux ou entre les branches sèches des oliviers; pas un oiseau chantant ni un grillon criant dans le sillon sans herbe: un silence complet, éternel, dans la ville, sur les chemins, dans la campagne (LAMART., Voy. Orient, t. 2, 1835, p. 42). Il n'y a rien dans le silence là autour. Plus rien: ni la terre, ni les arbres, ni les herbes, plus rien. C'est un silence de plein ciel, dans l'abandon du ciel (GIONO, Gd troupeau, 1931, p. 53).
2. [Espace clos] Le silence des chambres, du cloître, de la tombe, du tombeau. Les chambres, qu'on croirait d'inanimés décors, — Apparat de silence aux étoffes inertes — Ont cependant une âme, une vie aussi certes, Une voix close aux influences du dehors Qui répand leur pensée en halos de sourdines (RODENBACH, Règne sil., 1891, p. 3). Pour fuir l'envoûtement des vieilles choses, cette pénombre et ce silence insalubres des salles du Louvre, je suis entré à la Samaritaine (ARNOUX, Paris, 1939, p. 24).
B. — [Le silence en relation avec le mouvement] J'écoute: un calme formidable pèse sur ces forêts; on diroit que des silences succèdent à des silences (CHATEAUBR., Voy. Amér. et Ital., t. 1, 1827, p. 73). Le monde des animaux est fait de silences et de bonds. J'aime les voir couchés, alors qu'ils reprennent contact avec la Nature (...). Leur repos est appliqué autant que notre travail (J. GRENIER, Les Îles, 1959, p. 33).
C. — [La perception du silence]
1. [Le silence en soi] Travaillé très tard dans la nuit. — Je viens d'ouvrir ma fenêtre et d'écouter le silence (BARB. D'AUREV., Memor. pour l'A... B..., 1864, p. 434). Entends ce bruit fin qui est continu, et qui est le silence. Écoute ce qu'on entend lorsque rien ne se fait entendre (VALÉRY, Tel quel II, 1943, p. 118).
2. [Le silence en fonction d'autres bruits, sons, etc.] Aux pays fréquentés sont les plus grands silences, aux pays fréquentés de criquets à midi (SAINT-JOHN PERSE, Anabase II, 1972 [1924], p. 95). À travers la rumeur de la chevauchée se faufilaient les bruits perdus du silence nocturne, coassement de grenouilles, appel d'un oiseau, abois de chiens espacés (...) mugissement plaintif d'un taureau à l'aventure, invisible (MONTHERL., Bestiaires, 1926, p. 500).
II. — [Le silence envisagé dans l'acte de communication]
A. — Fait de ne pas parler, de se taire. Silence absolu, complet, prolongé, recueilli, religieux; long, lourd, profond silence; demander, obtenir, rompre le silence. Les scheiks paraissaient jouir d'une autorité absolue, et le moindre signe de leur part rétablissait l'ordre et le silence, que le tumulte de notre arrivée avait troublés (LAMART., Voy. Orient, t. 2, 1835, p. 88). C'était cela sa résolution, cette volonté subitement arrêtée de ne rien lui dire. Et lui, le pauvre enfant, qui n'était venu chercher cette certitude que pour avoir le droit de lui parler! Dans le moment même qu'il savait, il s'astreignait à oublier; il se condamnait au silence (G. LEROUX, Parfum, 1908, p. 26).
Loc. proverbiale. La parole est d'argent, le silence est d'or. V. parole I A 2.
Faire silence. Se taire. Il ne fallait plus se rouler par terre, rire bruyamment, parler berrichon. Il fallait se tenir droite, porter des gants, faire silence ou chuchoter bien bas dans un coin avec Ursulette (SAND, Hist. vie, t. 2, 1855, p. 283).
Interj. Silence! Jupiter: Ne nie pas! Je sais tout! Pluton: Ce n'est pas vrai! Jupiter: Silence!... Quand je parle, on se tait! Pluton: Seigneur!... Jupiter: Je ne suis pas habitué à la discussion!... Devant moi tout tremble! (CRÉMIEUX, Orphée, 1858, I, 4, p. 40).
CIN., RADIO-TÉLÉV. Silence! on tourne, silence, on enregistre. (Dict. XXe s.).
♦ Domaine milit. Silence dans les rangs; silence à l'appel. La Guillaumette ayant constaté que l'horloge marquait exactement neuf heures, fit la blague de rendre l'appel, le litre tenu à bout de bras, à la façon d'une chandelle: — Silence à l'appel! Manque personne, mon lieutenant! (COURTELINE, Train 8 h. 47, 1888, p. 97).
En silence. Sans un mot, sans faire de bruit. Synon. silencieusement. Ils firent quelques pas en silence, puis La Guillaumette, brusquement: — Voyons, c'est pas dieu possible! R'gard' voir un peu à tes profondes! (COURTELINE, Train 8 h. 47, 1888, p. 196). Au maréchal Pétain, qui dînait dans la même salle, j'allai en silence adresser mon salut. Il me serra la main, sans un mot (DE GAULLE, Mém. guerre, 1954, p. 60).
En partic.
Un, des silences. Moment où l'on cesse de parler. À l'aspect de cette table chargée de mets, il se fit un silence général (REYBAUD, J. Paturot, 1842, p. 331). — Vous l'avez vu? demande enfin l'infirme. Vous lui avez parlé? (...) — Le cœur m'a manqué, garçon, dit-il enfin, après un affreux silence (BERNANOS, M. Ouine, 1943, p. 1460).
Minute de silence. Minute de silence qu'une assistance recueillie observe à la mémoire d'un (des) mort(s); l'hommage ainsi rendu. Pour permettre à l'ensemble de la population de s'associer à l'hommage national rendu au général de Gaulle, il serait souhaitable que des services religieux ou des cérémonies au monument aux morts, au cours desquels une minute de silence sera observée, soient organisés dans chaque commune à la même date à la diligence des maires (L'Est Républicain, 12 nov. 1970, p. II, col. 7-8).
B. — Fait de ne pas vouloir ou de ne pas pouvoir exprimer sa pensée, ses sentiments. Silence obstiné, prudent; un mur de silence; réserve et silence; garder le silence, se réfugier dans le silence; passer qqc. sous silence; faire le silence sur une affaire. Le ministre de l'intérieur fut en même temps prié de prendre certaines mesures de sûreté, et d'inviter les préfets à agir confidentiellement sur la presse afin d'obtenir le silence et la discrétion sur nos préparatifs militaires (JOFFRE, Mém., t. 1, 1931, p. 210).
P. anal. Elle ne put imposer silence à ses yeux; sans qu'elle le sût probablement, ils exprimèrent un instant la pitié la plus vive (STENDHAL, Chartreuse, 1839, p. 299). Pas davantage, elle [la Centrale politique en Russie] ne réduit au silence les revendications des travailleurs, des consommateurs, des fractions politiques au sein du parti (PERROUX, Écon. XXe s., 1964, p. 596).
Conspiration du silence. Pacte d'honneur par lequel un ensemble de personnes s'engagent à ne pas divulguer ce qui doit être tenu secret. Ces très jeunes gens devinent que la conspiration du bruit remplace une longue conspiration du silence (COCTEAU, Poés. crit. II, 1960, p. 230).
Loi du silence (en particulier dans des associations de malfaiteurs, dans des sociétés secrètes). Interdiction de donner, notamment à la police, des renseignements confi-dentiels. La loi du silence s'impose en maçonnerie aux apprentis (FAUCHER 1981).
P. anal. Ce qui devrait être interdit au vieil écrivain, c'est de ne pas faire retraite et de ne pas prendre parti, de manquer à la fois à la loi du silence et à la loi de l'engagement, et d'ériger en système de vie le « parler pour ne rien dire » (MAURIAC, Mém. intér., 1959, p. 110).
En partic.
♦ Omission, lacune dans un texte de loi. Le silence de la loi, du code. (Dict. XXe s.).
♦ Interruption de relations épistolaires. Rompre le silence. Il se demanda ce que la duchesse de Chaulieu devait penser de son séjour au Havre, aggravé par un silence épistolaire de quatorze jours (BALZAC, Modeste Mignon, 1844, p. 261):
1. Dans tant de lettres qui ne vous ont pas inspiré une réponse, dans tant de nuits passées à vous appeler en vain, (...) soyez certaine que je vous ai donné une physionomie complète de mon être secret et que la preuve est aujourd'hui faite par votre silence que j'ai parlé en vain...
J. BOUSQUET, Trad. du sil., 1935-36, p. 251.
En silence. Sans rien exprimer. Car, aujourd'hui que dépérit l'esprit des conquêtes, tout ce qu'un caractère élevé peut apporter de grand dans le métier des armes me paraît être moins encore dans la gloire de combattre que dans l'honneur de souffrir en silence et d'accomplir avec constance des devoirs souvent odieux (VIGNY, Serv. et grand. milit., 1835, p. 128).
C. — [Le silence en tant que moyen d'expr.]
1. Fait de laisser entendre sa pensée, ses sentiments, sans les exprimer formellement. Silence éloquent, glacial. Elle avait détourné la tête, elle regardait la neige de la cour, par la fenêtre, comme résolue à ne pas entendre. Lui, que ce mépris, ce silence obstiné troublaient, interrompit ses explications, pour dire: — Sais-tu que tu as encore embelli! (ZOLA, Débâcle, 1892, p. 526):
2. Les raisons qui jouent sur les mots ne sont jamais les raisons véritables. Et c'est pourquoi je ne leur reprocherai rien sinon de s'exprimer tout de travers. Et c'est pourquoi je me taisais devant ces mensonges, n'écoutant point le bruit des mots, dans le silence de mon amour, mais l'effort seul.
SAINT-EXUP., Citad., 1944, p. 621.
2. Fait d'entrer en communion, en communication intime, sans le secours de la parole. La parole transfigurée, c'est le silence. Aucune parole n'existe en elle-même; elle n'est que par son propre silence. Elle est silence, indivisiblement, à l'intérieur du moindre mot (P. EMMANUEL, La Révolution parallèle, 1975, p. 270):
3. Comme la mort est le parachèvement de la vie, ce qui lui donne forme et valeur, ce qui ferme sa bouche, de même le silence est l'aboutissement suprême du langage et de la conscience. Tout ce que l'on dit ou écrit, tout ce que l'on sait, c'est pour cela, pour cela vraiment: le silence.
J.-M.-G. LE CLÉZIO, L'Extase matérielle, 1967, p. 192.
III. — Spécialement
A. — INFORMAT. ,,Nombre de réponses pertinentes manquées lors d'une recherche automatique sur une question déterminée, alors qu'elles existent dans le système`` (MESS. Télém. 1979).
B. — Domaine milit. Silence radio. Interruption de toute émission électromagnétique qui pourrait indiquer à l'ennemi sa propre position. (Dict. XXe s.).
C. — MUS. ,,Signe graphique placé sur la portée pour indiquer l'absence ou l'interruption du son`` (Mus. 1976). Dans la notation moderne, à chaque valeur de note correspond un signe de silence pourvu d'un nom qui lui est propre: à la ronde correspond la pause, à la blanche la demi-pause, à la noire le soupir, à la croche le demi-soupir, à la double croche le quart de soupir, à la triple croche le huitième de soupir, à la quatruple croche le seizième de soupir. Un point placé à côté d'un silence prolonge de moitié sa durée (Mus. 1976).
Zone de silence
RADIOTECHN. Zone dans laquelle la réception d'un émetteur est difficile ou impossible. [En T.S.F. pour éviter] les « zones de silence » (...) on sait actuellement choisir (...) la longueur d'onde en fonction de l'heure et de l'espace à parcourir (J. MERCIER, Radio-électr., t. 1, 1937, p. 291).
URBAN. Partie délimitée d'une agglomération qui, par décret municipal, est interdite à la circulation automobile. L'« Île Verte » de Vittel est décrétée zone de silence (Catal. Club Méditerr., été 1988, p. 126).
REM. 1. -silence, silence-, élém. de compos., entrant dans la constr. de subst. dans le lang. technico-publicitaire. a) Opération-silence, subst. fém. Opération-silence dans le Marais. Protégés par une enceinte d'immeubles anciens et d'hôtels historiques en voie de restauration, 118 appartements hors du commun vont bénéficier d'un calme absolu et de vues agréables sur des jardins paysagés (L'Express, 24 mai 1976, p. 55). b) Silence-bloc, subst. masc. Dispositif visant à éliminer le bruit. Avec les silence-blocs qui isolent la carrosserie du chassis elle [la CX 2000 Citroën] vous permet de voyager sans bruit, même à grande vitesse ou sur mauvaise route (L'Express, 28 mars 1977, p. 128, col. 2). 2. Silencer, silencier, verbe trans., littér., rare. Imposer silence à, réduire au silence. Non que l'été soit maintenant moins doux qu'il était quand les hymnes mélancoliques du rossignol silenciaient la nuit! (CHATEAUBR., Litt. angl., t. 1, 1836, p. 274). Aujourd'hui levé à huit heures (...) fait un article que L. B., ce moine d'Égypte châtreur, a mutilé dans ce qu'il avait d'énergique et de vrai. L'ai laissé faire, étant devenu à l'endroit du journalisme aussi impersonnel que l'on puisse l'être et ayant fourré ma volonté à silencer ma conscience de ce qui est bien (BARB. D'AUREV., Memor. 2, 1839, p. 325).
Prononc. et Orth.:[]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1. a) 1121-34 « état de celui qui s'abstient de parler, fait de ne pas parler » (PHILIPPE DE THAON, Bestiaire, 298 ds T.-L.); b) ca 1210 faire sillance « se taire » (Dolopathos, 167, ibid.); déb. XIIIe s. tenir silence « id. » (Alexis, 688, ibid.); 1330 passer souz silence (Girart de Roussillon, éd. E. B. Ham, 5507); ca 1500 garder (sa) silence « se taire » (L'Art et Science de bien parler et de soy taire ds Anc. Poés., X, 358); c) 1327 estre mis en silence « être condamné au silence (punition monastique) » (DU CANGE, s.v. silentium); d) ca 1440 [date du ms.] un pou de silence (Le Martire Saint Estiene, 171 ds Le cycle de Mystères des Premiers Martyrs, éd. G. A. Runnalls, p. 71); 1718 silence! « faites, faisons silence » (Ac.); 2. a) fin XIIe s. scilence fém. « fait de ne pas exprimer sa pensée oralement » (Sermons St Bernard, éd. E. Foerster, 113, 2); b) ca 1460 le roi impose silence à ses procureurs généraux « il leur défend de poursuivre davantage l'affaire criminelle pour laquelle il a donné des lettres d'abolition (terme de chancellerie) » (JUVENAL DES URSINS, Charles VI, 1415 ds LITTRÉ); 1835 silence de la loi « omission d'une explication (d'un cas non prévu par la loi) » (Ac.); c) 1690 « cessation de commerce de lettres entre personnes qui étaient dans l'habitude de s'écrire » (Mme DE SÉVIGNÉ, Lettre à Lamoignon du 27 août, éd. Monmerqué, t. 9, p. 564); 3. a) ca 1350 silenche fém. « calme, cessation de toute sorte de bruit » (GILLES LE MUISIT, Poésies, éd. Kervyn de Lettenhove, t. 2, p. 88, 23); b) 1755 « interruption dans un bruit » (CONDILLAC, Traité des animaux, chap. 6, p. 50); c) 1743 silences « signes répondant aux diverses valeurs des notes, lesquels mis à la place de ces notes, marquent que tout le temps de leur valeur doit être passé en silence » (ROUSSEAU, Dissertation sur la Musique Moderne, p. 8 et 12); 1771 silence « interruption du son dans une phrase musicale » (Trév.); 1778 silences (BUFFON, Oiseaux, t. 5, pp. 85-86); d) 1762 « suspension que fait celui qui parle dans la déclamation » (VOLTAIRE, Lettre d'Argental du 17 avril ds LITTRÉ). Empr. au lat. silentium « silence ». Fréq. abs. littér.:20 058. Fréq. rel. littér.:XIXe s.: a) 21 592, b) 24 395; XXe s.: a) 34 788, b) 32 885. Bbg. (R.). Les Silences éloquents. B. jeunes Rom. 1962, t. 6, pp. 14-17. — LIENHARD (D.R.). Die Bezeichnungen für den Begriff « schweigen » in Frankreich... Biel, 1947, p. 10, 55, 58, 62, 63. — LJUNGSTEDT-CRONA (E.). Le Mot silence ds le lang. littér. In: Congrès Internat. des Ling. 10. 1967. Bucarest, 1970, t. 3, pp. 377-381. — QUEM. DDL t. 21. — SCHNEIDERS (H.-W.). Der frz. Wortschatz zur Bezeichnung von « Schall ». Genève, 1978, pp. 85-90.

silence [silɑ̃s] n. m.
ÉTYM. 1190; lat. silentium.
———
I Le fait de ne pas se faire entendre, de ne pas s'exprimer.
A Concret.
1 Le fait de ne pas émettre de son par la voix (de ne pas parler, de ne pas crier, de ne pas chuchoter, etc.); état, attitude d'une personne qui reste sans parler pendant un certain temps. Taire (se); mutisme; silencieux, muet. || Levant l'index (cit. 3) à sa bouche, elle me fit un signe de silence. Chut. || Un silence approbateur, boudeur ( Bouder), morne (→ Démordre, cit. 4), glacial (cit. 4), interrogateur (cit. 1), obstiné. || Un silence significatif, éloquent (→ 1. Parler, cit. 4). || Un silence religieux (→ Humblement, cit. 6). || Silence pythagorique (cit.). || Silence prescrit par la règle d'un ordre religieux. || Garder le silence. Taire (se); → Avaler sa langue; demeurer bouche close, cousue; se tenir coi; ne pas desserrer les dents, les lèvres; fermer la bouche; ne pas dire un mot; ne pas parler; ne pas piper mot; mettre sa langue dans sa poche; et aussi fureteur, cit. 4; partager, cit. 25. || Rester emmuré (cit. 1), se murer (cit. 6), se renfermer dans son silence. — ☑ (XVe). Imposer silence à qqn, le faire taire. → 1. Avocat, cit. 5; docteur, cit. 5. — ☑ Réduire qqn au silence (cf. Fermer la bouche; couper la chique; clouer le bec). || Rompre le silence (→ Fixité, cit. 4). — ☑ Loc. prov. La parole est d'argent, le silence est d'or : il est bien de savoir parler, mais il est encore mieux de savoir se taire à propos.
1 Nous sommes parents de M. de Chauvelin; et comment croyez-vous que le roi se venge ? Par la torture pour Damiens, par l'exil pour le parlement, mais pour nous autres, par un mot, ou pis encore, par le silence. Savez-vous ce que c'est le silence du roi, lorsque, son regard muet, au lieu de vous répondre, il vous dévisage en passant et vous anéantit ?
A. de Musset, Contes, « La mouche », II.
Faire silence : se taire. || Faites silence ! || Un peu de silence, s'il vous plaît !(1718). Ellipt. (valeur interj.). || Silence ! taisez-vous (→ Permettre, cit. 18). || « Qui donc ose (cit. 11) parler lorsque j'ai dit : silence ! » (Hugo). — ☑ (Cin.). Silence, on tourne ! — ☑ Milit. Silence dans les rangs ! Par ext. || Silence dans la salle !
2 La Guillaumette (…) fit la blague de rendre l'appel, le litre tenu à bout de bras, à la façon d'une chandelle : — Silence à l'appel ! Manque personne, mon lieutenant !
Courteline, le Train de 8 h 47, II, I.
2.1 Daniel. Eh bien, monsieur Perrichon ?
Perrichon Vous voyez… je suis calme… comme le bronze ! (Apercevant sa femme et sa fille). Ma femme, silence !
E. Labiche, le Voyage de M. Perrichon, III, 13.
tableau Principales interjections.
(Déb. XXe). Minute de silence : hommage que l'on rend aux morts en demeurant debout, immobile et silencieux.
En silence : sans parler. || « Un soir, t'en souvient-il, nous voguions en silence » (→ Cadence, cit. 6, Lamartine). || Regarder, écouter en silence.
2 (Mil. XVIIe). || Un, des silences. Moment où l'on se tait. || Conversation coupée de silences. Arrêt (temps d'arrêt), interruption, pause, réticence (1.); → Redite, cit. 4. || Il y eut un silence (cf. Un ange passe).
3 Il cause en s'écoutant avec de mortels silences, lentement, mot à mot, goutte à goutte, comme s'il distillait ses effets, faisant tomber autour de ce qu'il dit une froideur glaciale.
Ed. et J. de Goncourt, Journal, 1er nov. 1865, t. II, p. 246.
B Abstrait.
1 Le fait de ne pas exprimer son opinion, ses sentiments, de ne pas répondre à une question ou de ne pas divulguer ce qui est secret; attitude, état d'une personne qui refuse ou qui n'a pas la possibilité de s'exprimer. || « Seul le silence est grand, tout le reste est faiblesse » (cit. 32, Vigny). || Le silence de qqn. || Acheter le silence et la complicité de qqn ( aussi Corruption). || Le silence dont il entoure ses projets. Mystère. || Discrétion (cit. 15) et silence absolu. Secret. || « Le silence des peuples est la leçon des rois », phrase de l'oraison funèbre de Louis XV, prononcée par Mgr de Beauvais en 1774 et reprise par Mirabeau en juillet 1789, quand on vint annoncer la visite de Louis XVI à l'Assemblée. || Le silence de Dieu, de la nature. || « (…) au silence éternel de la Divinité » (→ Dédain, cit. 4, Vigny).
4 Les âmes se pèsent dans le silence, comme l'or et l'argent se pèsent dans l'eau pure, et les paroles que nous prononçons n'ont de sens que grâce au silence où elles baignent !
Maeterlinck, le Trésor des humbles, Le silence, I.
5 On a dit que le silence était une force; dans un tout autre sens, il en est une terrible à la disposition de ceux qui sont aimés. Elle accroît l'anxiété de qui attend (…) On a dit aussi que le silence était un supplice (…) Ainsi le silence le rendait fou, en effet, par la jalousie et par le remords. D'ailleurs, plus cruel que celui des prisons, ce silence-là est prison lui-même (…) il se retrouvait piétinant dans le désert réel du silence sans fin.
Proust, le Côté de Guermantes, Pl., t. II, p. 122.
(Qualifié). || Un silence prudent, obstiné, farouche.Allus. littér. || « J'imite de Conrart le silence prudent » (cit. 6, Boileau), allusion à Conrart (1603-1675), premier Secrétaire perpétuel de l'Académie française, qui n'avait presque rien publié.
Par ext. Le fait de ne pas mentionner (qqch.), dans un texte, un discours.Spécialt. Omission, lacune dans un texte juridique. || Le silence de la loi, du code. → Déni, cit. 3; 1. duel, cit. 5.
Loc. La conspiration du silence, par laquelle un ensemble de personnes conviennent de garder qqch. secret.La loi du silence, qui interdit aux membres d'associations de malfaiteurs, de sociétés secrètes, de renseigner la police sur les agissements (même quand ils en sont les victimes).
(Dans des constructions verbales). || Garder le silence. — ☑ (XIVe). Passer qqch. sous silence, éviter d'en parler. Taire (se taire sur); cf. aussi Faire des réticences. || Ce fragment (cit. 8) de ma vie que je passe sous silence.Par ext. || La loi passe cette circonstance sous silence. Omettre, taire.Faire le silence, garder le silence sur… cf. Tirer le rideau sur…; garder une chose secrète (1. Secret; et aussi impudeur, cit. 3). || Faire silence sur qqch. Taire (qqch.).
Condamner qqn au silence. || Réduire, forcer (cit. 8) qqn au silence. Par ext.Réduire qqn au silence, l'empêcher de répliquer, le confondre.Réduire au silence (même sens).Par ext. || Réduire l'opposition au silence. Bâillonner, museler.Imposer silence à qqn. || Imposer silence aux calomnies, aux rancunes; à ses passions, à sa colère, à sa rancœur. Calmer, surmonter, vaincre.
6 (…) mais la raison d'État, mais la convenance voulaient qu'il imposât silence aux scrupules de sa fierté, et il le fit.
A. de Gobineau, Nouvelles asiatiques, p. 269.
Ellipt. || Silence sur cette histoire ! Cf. Pas un mot, motus. — Par ext. || « Honte (cit. 17) au mensonge et silence à la haine. »
En silence. || Obéir, souffrir en silence, sans se révolter, sans se plaindre (→ aussi 2. Froid, cit. 16; résigner, cit. 12). || Subir les affronts en silence (cf. Réprimer sa colère, son dépit).En silence, dans le silence. 2. Secret (7.). || « Et ce n'est pas pécher que pécher en silence » (→ Éclat, cit. 13, Molière). || Aimer en silence (→ Courtois, cit. 4; inconfortable, cit. 2).
2 Le fait de ne pas répondre à une lettre, d'interrompre des relations épistolaires. || Rompre le silence. Écrire (cf. Donner de ses nouvelles, donner signe de vie). || Son silence m'inquiète.Récrire (cit. 3) après six mois de silence.
———
II
1 (1380; silenche, XIVe). Absence de bruit, d'agitation; état d'un lieu où aucun son n'est perceptible, pendant un certain temps. Calme, paix (cit. 38). || Le calme et le silence nécessaires au savant (→ Étude, cit. 6). || Un silence écrasant, claustral (cit.), épouvantable (cit. 4), absolu (→ Gaulis, cit.), éternel (→ Imposture, cit. 7), profond (→ Langueur, cit. 14; 1. piquet, cit. 4). || « Le silence éternel de ces espaces infinis m'effraie » (cit. 2, Pascal).Un silence de mort, total, lugubre. || Il règne dans la salle un silence absolu (cf. On entendrait voler une mouche, trotter une souris). || Un silence que rien n'interrompt, ne trouble. || Intervalle (cit. 12) de silence. || Rue, ville pleine (cit. 38) de silence, plongée dans le silence. Silencieux (→ Fuir, cit. 36). || Le silence de la forêt (cit. 4), de la nuit, des cloîtres, de la campagne assoupie (→ Mécontent, cit. 4; mélancolie, cit. 5; rouler, cit. 20). || « Le soir ramène (cit. 13) le silence… ». || « J'ai besoin du silence et du calme des bois » (cit. 2, Boileau). || « Je cherche le silence et la nuit pour pleurer » (cit. 3, Corneille).Le Silence de la mer, roman de Vercors (1942).
7 Le silence a peut-être ses degrés. Peut-être Godefroid, déjà saisi par le silence des rues Massillon et Chanoinesse où il ne roule pas deux voitures par mois, saisi par le silence de la cour et de la tour, dut-il se trouver comme au cœur du silence, dans ce salon gardé par tant de vieilles rues, de vieilles cours et de vieilles murailles.
Balzac, Mme de la Chanterie, Pl., t. VII, p. 242.
7.1 Aucun bruit dans la forêt que le frémissement léger de la neige tombant sur les arbres. Elle tombait depuis midi, une petite neige fine qui poudrait les branches d'une mousse glacée qui jetait sur les feuilles mortes des fourrés un léger toit d'argent, étendait par les chemins un immense tapis moelleux et blanc, et qui épaississait le silence illimité de cet océan d'arbres.
Maupassant, les Prisonniers, Pl., t. II, p. 408.
7.2 Enfin il y eut de nouveau du large et de l'espace vide dans la rue et dans les deux cafés, et pendant qu'on dînait, il y eut aussi, dans le ciel, comme un oiseau, un épais silence, lourd et seul. Dans ce silence il n'y avait ni bise ni bruit de pas, ni soupir d'herbe, ni bourdon de guêpes; il était seulement du silence, rond et pesant, plein de soleil comme une boule de feu.
J. Giono, Solitude de la pitié, Pl., t. I, p. 445.
En silence : sans faire de bruit. Silencieusement. || Les vagues déferlaient en silence (→ Glauque, cit. 2). || Marcher en silence (cf. À pas de loup).
Phys., physiol. Absence de son, de sensation auditive.Zone de silence : phénomène dû à la réflexion des ondes et qui se produit en particulier dans la propagation des ondes hertziennes à grande distance (réflexion des ondes sur les couches ionisées de la haute atmosphère).
2 (1751). Mus. Absence ou interruption momentanée du son musical, indiquée par des signes particuliers.Ces signes eux-mêmes. || On distingue sept silences : la pause (3.), la demi-pause, le soupir, le demi-soupir, le quart de soupir, le huitième de soupir, le seizième de soupir.Par plaisanterie :
8 — Qu'on juge : cette partie ne se composait, exclusivement, que de silences. Or, même pour les personnes qui ne sont pas du métier, qu'y a-t-il de plus difficile à exécuter que le silence pour le Chapeau-chinois (…) Et c'était un crescendo de silences que devait exécuter le vieil artiste !
Villiers de L'Isle-Adam, Contes cruels, « Secret de l'anc. musique ».
3 (XXe). Milit. Silence radio : interruption de toute émission électromagnétique destinée à éviter de signaler sa position à l'adversaire.Fig. Absence totale de réaction, de prise de position. || « Pour l'heure, du côté des institutions concernées, c'est le silence radio » (Le Monde, 11 juil. 2000, p. 2).
DÉR. Silencer, silenceur.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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